À quelle fréquence en France ?
En avril 2025, une enquête Ifop réalisée pour Gleeden demandait explicitement si la personne avait déjà eu, à l’insu d’un partenaire, un rapport sexuel avec quelqu’un d’autre. Parmi les 1 831 répondants ayant déjà été en couple, 31 % ont répondu oui.
C’est fréquent : presque une personne sur trois sous cette définition stricte. Ce n’est toutefois pas une mesure clinique ni un recensement. Il s’agit d’un sondage déclaratif commandé par une entreprise qui commercialise les rencontres extraconjugales ; le commanditaire doit donc être visible chaque fois que le chiffre est cité.
Est-ce surtout le fait des hommes ?
Dans cette même enquête française, 36 % des hommes et 26 % des femmes déclarent une infidélité sexuelle cachée au cours de leur vie. L’écart est réel dans cet échantillon : dix points.
La formulation juste est donc : les hommes la déclarent davantage dans ce sondage, mais une femme sur quatre aussi. Le sexe ne constitue ni une cause suffisante, ni une prédiction individuelle. Les écarts varient selon l’âge, la culture, la période étudiée et surtout ce qui est compté comme infidélité.
Pourquoi trouve-t-on des chiffres si différents ?
Une méta-analyse publiée en 2024 a rassemblé 305 études, 508 241 répondants et 47 pays. Elle montre que les estimations dépendent fortement de la définition retenue — sexuelle, émotionnelle, numérique, au cours de la relation actuelle ou durant toute la vie — et de la manière d’interroger.
L’anonymat, le recrutement d’un échantillon de convenance et l’imprécision des questions modifient les réponses. Il n’existe donc pas un « vrai chiffre mondial » de l’infidélité. Un bon chiffre doit toujours venir avec sa définition, sa population et sa période.
Pourquoi trompe-t-on ?
Une étude auprès de 495 participants, principalement de jeunes adultes recrutés en ligne, a distingué huit familles de motivations : colère, désir sexuel, manque d’amour, négligence, faible engagement, recherche d’estime ou de validation, variété et facteurs de situation.
Cela réfute l’explication unique « il ou elle n’aimait plus ». Une personne peut aimer et tromper, rechercher une validation, céder à une situation ou compartimenter sa vie. Comprendre la motivation n’excuse pas l’acte et ne transfère pas sa responsabilité au partenaire trompé.
Un couple peut-il réellement s’en remettre ?
Oui. Dans une étude exploratoire de thérapie de couple, les couples concernés par une infidélité commençaient plus en détresse mais ceux qui l’avaient révélée avant ou pendant la thérapie progressaient fortement. Le résultat est encourageant, mais seulement 19 couples du groupe total avaient connu une infidélité.
Le suivi à cinq ans de ces 19 couples a trouvé 43 % de divorces parmi les 14 couples où l’infidélité avait été révélée : 57 % étaient donc toujours mariés. Parmi les couples restés ensemble, la satisfaction et la stabilité ne différaient pas de celles des couples traités sans infidélité. C’est la preuve qu’une bonne reconstruction existe ; ce n’est pas une probabilité applicable à n’importe quel couple.
La thérapie est-elle une garantie ?
Non. Un essai randomisé auprès de 89 couples après la découverte récente d’une liaison a observé une amélioration importante de l’anxiété, mais une amélioration insuffisante de la satisfaction conjugale pour les deux partenaires. Environ la moitié des couples ont abandonné l’étude, notamment à cause d’une liaison encore active ou d’une séparation.
La conclusion honnête tient en deux phrases : un couple peut se reconstruire au point de redevenir durablement satisfaisant ; beaucoup n’y parviennent pas, ou ne choisissent pas de le faire. La vérité, l’arrêt effectif de la liaison, l’acceptation des conséquences et un accompagnement adapté sont des conditions de travail, pas des garanties de retour.
Pourquoi la découverte fait-elle si mal ?
Dans un échantillon probabiliste de 227 adultes mariés ou cohabitants déjà à risque de dépression, découvrir une liaison du partenaire était associé à une prévalence plus élevée d’épisode dépressif majeur, même après prise en compte de l’ajustement conjugal. L’intervalle d’incertitude était large et l’étude ne permet pas de conclure que toute découverte provoque une dépression.
Une petite étude de 73 jeunes adultes non mariés a aussi trouvé des symptômes compatibles avec un stress post-traumatique probable chez 45,2 % d’entre eux. Ce taux n’est pas généralisable à toute la population, mais il confirme que la découverte peut produire des intrusions, de l’hypervigilance, de l’évitement et une atteinte psychique mesurable.
Ce que l’on peut conclure sans tricher avec les chiffres
L’infidélité sexuelle cachée concerne une minorité importante, pas la majorité. Les hommes la déclarent plus souvent dans l’enquête française la plus récente, mais le phénomène concerne largement les deux sexes. Les motivations sont multiples et ne se réduisent ni au sexe, ni à l’absence d’amour.
Enfin, rester ensemble, guérir individuellement et reconstruire un couple satisfaisant sont trois résultats différents. La recherche documente chacun, mais ne fournit pas de taux universel de réconciliation réussie. Affirmer le contraire serait précisément fabriquer une réalité plus confortable que la vérité.